Religion Cimetières musulmans : Strasbourg pose une première pierre

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le 28/10/2011 à 05:01 par Textes : Hervé de Chalendar

 

Strasbourg construit un cimetière public musulman. Une première en France, qui pourrait donner des idées à d’autres. Car la question de l’intégration va jusqu’à celle de sa dernière demeure.

Des murs de béton hauts de près de trois mètres. Derrière, un jardin se dessinent des allées, des espaces engazonnés, des pergolas, un bassin. Les ouvriers sont encore à l’œuvre, près du portail, dont le style arabisant trahit la vocation du lieu : ici est en train d’être aménagé le cimetière public musulman de Strasbourg.

Il sera opérationnel dans quelques semaines, et c’est déjà une curiosité. Deux autres cimetières équivalents existent en France, à Bobigny et Marseille, mais ce sont d’anciennes nécropoles militaires ; celui-ci est le premier construit dans ce pays par une collectivité. « Une telle réalisation n’est possible qu’en terre concordataire », assure Pernelle Richardot, adjointe à la citoyenneté, qui a piloté ce projet avec son collègue de la municipalité Olivier Bitz.

Jusqu’à présent, les musulmans enterrés dans leur terre d’adoption ne disposaient que de « carrés » dans les cimetières publics. Ces secteurs demeureront, mais Strasbourg va plus loin, parce que la donne change. La population de confession musulmane n’est pas négligeable et le rapatriement des corps dans le pays d’origine est de moins en moins systématique (lire ci-dessous).

Ce projet est une promesse de campagne du maire Roland Ries, formulée à l’adresse de la communauté musulmane. « Quand je suis arrivée à la mairie en 2008, j’ai trouvé des notes de service prévenant que les carrés musulmans arrivaient à saturation », raconte Pernelle Richardot. Réservé aux Strasbourgeois, ce cimetière musulman est construit dans la continuité du cimetière sud, à Strasbourg-Meinau. Mais les deux sont bien séparés et ne communiquent que par un portail.

La partie musulmane s’étale sur 10 000 m². Dans un premier temps, seule une moitié est aménagée, pour un coût d’environ 8 000 €. Celle-ci permettra d’accueillir environ 1 000 corps.

Mais il ne s’agit pas que d’un problème de place. Côté musulmans, ce lieu est aussi l’assurance d’être inhumé selon ses rites religieux : les corps seront orientés en fonction de La Mecque, des salles d’ablution sont prévues… Un respect des rites qui, à en croire Redad Rabih, secrétaire général du Conseil régional du culte musulman (CRCM), fait généralement défaut dans les carrés. Côté Ville, c’est l’assurance de gérer aussi les tombes musulmanes, qu’elles se situent dans ce nouveau lieu ou dans les carrés.

Une convention a été signée début 2010. « Jusqu’à présent, poursuit l’adjointe, on n’osait pas procéder à des exhumations, même quand les concessions étaient échues. » Dorénavant, la même règle s’appliquera à tous. Il sera conseillé aux familles musulmanes, pour qui l’exhumation est un sujet sensible, d’opter pour des concessions de 30 ans ; si elle n’est pas renouvelée, ce n’est que 40 ans après le décès que le corps sera exhumé et placé dans un ossuaire.
« Nous sommes plutôt fiers de cette réalisation, commente Pernelle Richardot. Elle correspond au projet politique du vivre ensemble. » Principe qui va donc de la naissance jusqu’à la mort…

La communauté musulmane est hétérogène, souvent divisée ; sans surprise, des critiques ont fusé. Mais au sein du CRCM, on se réjouit sans retenue. « Ceci nous satisfait pleinement, se félicite son actuel président, Erkin Acikel. Strasbourg devrait servir d’exemple ! » « C’est un signal fort, ajoute son prédécesseur, Driss Ayachour, qui avait porté ce projet avec la Ville. Ça permet de normaliser les relations entre les jeunes générations et la société française. C’est un facteur d’intégration. » La preuve d’un attachement désormais indéfectible à la terre que l’on a choisie.

* * *

Rapatriements en baisse
« La plupart des corps sont rapatriés et ce n’est pas normal !, estime Mohamed Latahy, imam et aumônier musulman intervenant dans les hôpitaux d’Alsace.

Dans la tradition musulmane, on doit être enterré là où on est mort. Dans le pays d’origine, qui ira voir les corps ? Un cousin ? Les pays d’origine incitent au rapatriement pour conserver le lien, mais ce n’est pas bon. Les musulmans feraient mieux d’investir là où ils vivent. Ce cimetière va aider les gens à prendre conscience que la France est leur vrai pays… »

Si l’on en croit Driss Ayachour, le voeu de l’aumônier est en train d’être exaucé. « Les rapatriements diminuent. Désormais, la plupart des jeunes souhaitent être enterrés ici. Et même ceux de la première génération manifestent désormais ce désir, pour que leurs corps restent près de leurs enfants… » Les musulmans seraient en train de comprendre, poursuit Redad Rabih, que « rapatrier un corps, ça veut dire l’oublier ».

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